(Actualisé avec déclarations de Macron et du préfet de Paris)
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a évoqué jeudi une "situation (...) assez critique" dans la capitale en raison de la canicule qui étouffe la France et une bonne partie de l'Europe occidentale depuis une semaine, en faisant état, sans donner de chiffres, d'une mortalité "en hausse".
"On a à peu près tous les indicateurs qui sont dans la situation difficile. C'est à la fois les recours au Samu, les recours aux pompiers, les admissions aux urgences, évidemment les décès", a-t-il déclaré sur TF1.
Un nombre record de 72 départements - dont tous ceux d'Ile-de-France - étaient placés jeudi en vigilance canicule rouge, la plus élevée possible, seul un quart sud-est du pays échappant à cette classification de Météo France.
Le prévisionniste a précisé que la nuit de mercredi à jeudi avait été la plus chaude jamais enregistrée dans l'Hexagone avec une valeur provisoire de 22 degrés tandis que la journée de mercredi a été la plus chaude avec une moyenne des températures sur 24h s'élevant à 30 degrés.
Pour la journée de vendredi, Météo-France a indiqué que 11 départements seraient rétrogradés au niveau orange, précisant que l'air le plus chaud se décalerait progressivement vers l'Est du pays tandis qu'une "dégradation orageuse localement marquée", jeudi en fin de journée, amènerait de l'air "relativement plus frais" par l'ouest.
Le président de la République Emmanuel Macron a souligné que le gouvernement était mobilisé et annoncé que de nouvelles mesures devraient être dévoilées vendredi pour endiguer un phénomène qu'il a qualifié de "totalement inédit".
"Nous nous sommes adaptés au réchauffement climatique, mais on ne s'adapte pas à un pic qui n'a pas d'équivalent aujourd'hui en Europe et qui n'a jamais eu d'équivalent dans notre histoire, c'est-à-dire un pic caniculaire qui dure aussi longtemps et qui est à 15°C au-dessus des normales saisonnières", a-t-il déclaré depuis Antibes (Alpes-Maritimes) à l'occasion d'un sommet en compagnie de la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni.
LE SYSTÈME HOSPITALIER "SATURÉ" À PARIS
S'exprimant sur France Inter, Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France, a estimé que la situation dans les Ehpad était "plutôt difficile".
Emmanuel Grégoire a ajouté que, au-delà des personnes âgées, très surveillées après la forte mortalité constatée en 2003, les personnes confrontées à risque sont les 50-70 ans qui "continuent à vaquer à leurs occupations comme d'habitude".
Dans la capitale française, le dispositif hospitalier est saturé mais pas dépassé, a déclaré le préfet de police de Paris Patrice Faure.
"Il y a eu une montée en puissance progressive de l'ensemble des moyens dédiés à la gestion de la crise ou au secours à la personne, donc vous voyez que la crise a été anticipée, nous l'avons accompagnée, mais aujourd'hui nous avons un système qui arrive en saturation."
Un arrêté préfectoral publié jeudi soir interdira la prise d'alcool sur la voie publique à compter de vendredi 12h00 ainsi que la vente d'alcool à compter de 18h00, a-t-il aussi annoncé.
Le préfet de police de Paris a également indiqué que la Marche des fiertés et le festival de musique en plein air Solidays, deux événements qui doivent avoir lieu ce week-end dans la capitale, pourraient être annulés.
Du côté des établissements scolaires, l'Education nationale a fait état de 3.500 écoles fermées et de 10.000 bénéficiant d'aménagements.
Invité sur France 2, le ministre Edouard Geffray a dit ne pas être favorable à ce stade à un seuil établi uniquement d'après la température pour décider de la fermeture des écoles.
DES SYNDICATS D'ENSEIGNANTS APPELLENT À LA GRÈVE
La ministre a maintenu les épreuves du Brevet vendredi, tandis que celles du Baccalauréat se sont poursuivies dans un contexte perturbé par la chaleur.
Evan Cauvin, lycéen de 17 ans résidant à Sainte-Suzanne (Manche), a passé les oraux du Bac cette semaine.
"J'ai prévu une bouteille d'eau et il y avait des ventilateurs dans la salle de préparation", a-t-il raconté à Reuters. "En amont des examens, le proviseur a écrit à nos parents pour les avertir que les épreuves se dérouleraient en période de forte chaleur. Au final, ça s'est bien passé".
Dans un communiqué commun, la FSU, le SE-Unsa, la FNEC FP FO, la CFDT, la CGT, le Snalc et SUD appellent les enseignants "à user de leur droit de grève là où cela est nécessaire" face à des "conditions de travail inacceptables".
"Tout se fait dans le bricolage, une grande confusion", regrette Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, syndicat des collèges et des lycées.
"Il y a des professeurs à qui le chef d'établissement demande de scotcher des couvertures de survie sur les fenêtres. Des enseignants qui apportent leurs propres ventilateurs, des brumisateurs, des tournevis pour ouvrir des fenêtres bloquées", a-t-elle dit à Reuters.
Elle réclame la mise au point de calendriers d'examens différenciés pour les périodes de canicule et hors canicule.
La climatisation généralisée, notamment préconisée par le Rassemblement national s'il accède au pouvoir l'an prochain, "ne peut pas être l'alpha et l'oméga de l'adaptation du bâti scolaire", estime encore Sophie Vénétitay.
Thierry Pajot, président du Syndicat des directeurs et directrices d'écoles est partisan de la fermeture des établissements dans les zones classées "rouge".
"Je n'ai pas envie que l'on apprenne qu'un élève ou un membre du personnel est mort en raison de la canicule", a-t-il dit sur Franceinfo.
Selon Météo France, la canicule actuelle est d'une intensité similaire à celle d'août 2003, qui avait causé la mort de près de 15.000 personnes en France.
(Rédigé par Elizabeth Pineau, Dominique Vidalon, Benoit Van Overstraeten et Zhifan Liu, édité par Benjamin Mallet)

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